Mont Wright  -  Histoire

HISTOIRE (prix du patrimoine)

La Municipalité de Stoneham-et-Tewkesbury et L'Association forestière des deux rives sont lauréates 2005 des Prix du patrimoine de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches pour le projet de mise en valeur du parc de la forêt ancienne du mont Wright.

LES ORIGINES
Vers les années 1850, le gouvernement britannique récompensa un militaire écossais, M. Thomas Wright pour les services rendus à la royauté. Une grande concession située à Stoneham fut accordée à ce dernier qui s’y établi en compagnie de son épouse. Leur fils John se maria avec Margaret Cowie Tait. De cette union, naquirent deux fils : Percy et Sydney Wright.  
 
LES FRÈRES WRIGHT

Percy et Sydney Wright vivaient en retrait de la société. L’éloignement de l’école et l’accès difficile au village ne permettaient pas aux deux frères de bénéficier d’une éducation complète et de relations intenses dans la communauté. Cependant, leur mère, que l’on disait instruite, cultivée mais très sévère, a su pallier ces contraintes en veillant à leur éducation. Leur père, John, est mort lorsque les frères étaient jeunes.

La famille Wright vivait de ses propres ressources. Une petite ferme, un peu de culture, un élevage limité de vaches et de chevaux, un peu de coupe de bois; voilà l’essentiel du cadre d’occupation de la famille Wright. Les activités quotidiennes avaient lieu à proximité de la demeure familiale. Parfois, les frères coupaient du bois dans les pentes, près de la ligne de transmission. Ils s’occupaient aussi à entailler quelques érables pour leur consommation personnelle.

À quelques occasions, les frères Wright travaillaient à l’extérieur; contrats de coupe de bois dans les environs, contrats de voirie, etc. On disait d’eux qu’ils étaient très serviables et très vaillants au travail. Cependant, c’était toute autre chose dans leur propriété.

Après la mort de leur mère, à qui les frères vouaient un grand respect, ils devenaient plus difficiles à aborder. Ils habitaient dans la demeure familiale qui se détériorait de plus en plus. Au fil des ans, ils occupaient de moins en moins d’espace dans la maison. Cette dernière n’avait que très peu de commodité. L’électricité n’était utilisée que pour l’éclairage.

Malgré tout, il semblerait que la maison abritait certaines valeurs. L’on dit même qu’il y avait un tableau signé Rembrandt. Ils ne quittaient que très rarement leur demeure.

Célibataires et analphabètes, les frères Wright étaient gênés et timides. Ils se contentaient de très peu. Bien entendu la langue anglaise et la religion anglicane étaient de mise. Seul Sydney a appris un peu de français.

Les deux frères étaient très respectueux de leurs parents. Ils se sont sentis dans l’obligation de continuer l’œuvre de protéger et garder le territoire. Ils ont toujours manifesté un intérêt sans borne pour protéger et conserver ce territoire, allant jusqu’à chasser les intrus qui s’y étaient introduits. « Quand quelqu’un vous donne quelque chose, c’est pour le garder. » serait une de leur expression qui exprime bien l’amour pour la conservation de leurs biens.
 
LE TESTAMENT
Percy Wright est mort le 19 juin 1972, à l’âge de 84 ans tandis que son frère Sydney, rendit l’âme quelques semaines plus tard à l’âge de 72 ans. Peu avant sa mort, Sydney dernier héritier de la montagne, compléta un testament accordant le territoire à la municipalité. Voici la traduction d’une partie du testament : « Je donne et lègue la totalité de ma propriété réelle, comprenant une terre sur le bord du boulevard Talbot et la montagne communément appelée « Montagne Wright » à la municipalité des cantons unis de Stoneham-et-Tewkesbury ou à leur successeur, à la condition que la municipalité consente à maintenir la propriété en tant que parc et à la reconnaître comme le « Parc Wright » à la mémoire de notre famille, à savoir mes grands-parents Thomas et Mathew Wright, mes parents, John Wright et Margaret Cowie Tait Wright, mon défunt frère Percival Wright et moi-même. De plus, la municipalité doit consentir à garder la propriété dans son état naturel le plus longtemps possible (dans le futur) sans aucune coupe d’arbre à l’exception de ceux qui sont morts ou malades et ceux qui doivent être enlevés pour des causes raisonnables, ainsi que pour permettre au public l’accès au parc ».

Cela se passait en 1972. Ce n’est qu’en 1979 que la municipalité à finalement pris possession du territoire cité dans le testament. En voici les raisons.

Un particulier, commerçant de bois de coupe, qui avait rendu des services aux deux frères, avait lui aussi un testament. Ce dernier indiquait que la montagne lui était léguée sans aucune condition.

PROCESSUS JURIDIQUE
Un long processus en justice fut entrepris. La Cour Supérieure du Québec donna raison à la municipalité en déclarant leur testament comme étant unique et officiel. Le particulier a alors fait des représentations pour la cour d’appel. Cette dernière a alors fait fi du jugement de la cour Supérieure en déclarant authentique et officiel le dernier testament, accordant le territoire au particulier. Dès ce moment une série d’actions fut entreprise afin d’empêcher la coupe totale que proposait de faire le particulier en question.

D’abord, des demandes municipales furent acheminées à différents ministères afin d’épargner la montagne, (nous consacrons une partie à ce sujet). Ensuite, un groupe d’universitaires a entrepris des démarches au ministère des Terres et Forêts (actuellement le ministère de l’Environnement) pour reconnaître le territoire en réserve écologique. Au préalable, il y avait eu diverses études effectuées sur la montagne par l’Université Laval (M. Grandtner), par le Programme biologie international, conseil consultatif Réserves écologiques, etc. Il y eut même une somme 50 000 $ offerte par la McConnel Fondation au ministère québécois pour l’expropriation de ce territoire. Le ministère a alors entrepris ses démarches mais a semblé mettre à l’oubli ce territoire lorsque la municipalité a reçu l’autorisation d’aller en Cour Suprême du Canada.

La cour Suprême a donné raison à la municipalité. En effet, le 1er mai 1979, la Cour Suprême rendait son jugement en faveur de la municipalité, jugement qu’elle fondait entre autres sur le caractère propre de la véritable dernière volonté de Sydney Wright c’est-à-dire de faire de ce territoire un parc public à la mémoire de sa famille.

Pendant les sept longues années du processus de justice, le territoire a quelque peu été démuni. En effet, la demeure ainsi que les autres bâtiments des Wright ont été pillés et ont même été sujets à un incendie que l’on qualifie de criminel. Il semblerait que les Wright auraient caché quelques objets de valeur à l’intérieur de leur demeure et même dans un tronc d’arbre situé quelque part sur le vaste territoire. Tous les biens récupérés furent vendus. Par la suite, l’on a procédé à la remise des sommes d’argent aux deux églises selon les volontés de Sydney Wright.